Quand on imagine le métier de thérapeute, on imagine des séances : une personne en face de soi, une écoute, un travail qui se déploie. Ce qu'on imagine moins, c'est tout ce qui se passe entre les séances : les décisions prises sans personne à consulter, les situations qui restent en tête le soir, et l'impossibilité d'en parler à ses proches, puisque la confidentialité l'interdit.

Depuis treize ans que j'exerce et que je forme des thérapeutes, je constate que la solitude est une réalité du métier dont on parle peu. Non pour la dramatiser : elle a aussi sa douceur, et beaucoup d'entre nous ont choisi l'indépendance en connaissance de cause. Mais parce qu'une solitude comprise et outillée se traverse bien, alors qu'une solitude subie use en silence.

Au sommaire

Une solitude à plusieurs visages

La solitude de l'indépendant

Un thérapeute installé décide seul de son agenda, de son tarif, de son cadre, de ses priorités. Personne ne valide, personne ne corrige. Cette liberté est l'une des raisons pour lesquelles on choisit ce métier - et elle a un revers : les décisions n'ont pas de témoin. Pas de collègue dans le bureau d'à côté, pas de pause où déposer sa journée.

La solitude du secret

La confidentialité protège les personnes accompagnées, et elle isole celui qui accompagne. Ce que vous entendez en séance ne se raconte ni à votre conjoint, ni à vos amis. Vous portez des histoires, parfois lourdes, qui ne peuvent se déposer que dans les espaces prévus pour cela. À condition que ces espaces existent.

La solitude du doute

Après certaines séances, une question tourne : ai-je bien fait de dire cela ? De laisser ce silence ? De proposer cet exercice ? Sans regard extérieur, le doute n'a personne à qui s'adresser. Et son contraire n'est pas meilleur : sans regard extérieur, une certitude non questionnée peut s'installer tout aussi silencieusement.

Aucun de ces visages n'est un problème en soi. Ils le deviennent quand ils restent sans espace où se dire.

Ce que la solitude fait à une pratique, quand elle reste sans appui

Quatre effets, que j'observe chez les thérapeutes que j'accompagne et que j'ai connus moi-même :

Le doute s'amplifie

Une séance difficile, sans personne avec qui la relire, peut occuper l'esprit pendant des jours. Le doute ponctuel devient rumination, la rumination entame la confiance, et la confiance entamée se sent en séance.

Les angles morts s'installent

Nous avons tous des habitudes que nous ne voyons plus : une façon de couper la parole, une technique surutilisée parce qu'elle nous rassure, un type de situation que nous évitons sans nous l'avouer. Un angle mort, par définition, ne se voit pas seul.

La charge émotionnelle s'accumule

Accueillir des histoires douloureuses, séance après séance, laisse des traces. C'est ce qu'on appelle la fatigue de compassion : une usure lente, qui ne prévient pas, et qui se manifeste souvent d'abord par une perte d'élan ou un détachement inhabituel.

Le contre-transfert travaille en silence

Certaines histoires réveillent les nôtres. Une personne accompagnée nous agace sans raison apparente, nous touche plus que les autres, nous fait réagir là où nous sommes d'ordinaire posés. Ce phénomène, le contre-transfert, est normal et inévitable. L'enjeu n'est pas de l'empêcher : c'est de le voir. Et on le voit rarement seul.

La question n'est donc pas de savoir si votre pratique sera traversée par le doute, la fatigue ou les résonances personnelles. Elle le sera. La question est de savoir où vous déposerez tout cela.

La supervision, concrètement

Le mot impressionne parfois, alors que la réalité est simple : la supervision est un temps de travail régulier avec un thérapeute expérimenté, où l'on vient déposer sa pratique. Pas ses résultats : sa pratique, avec ses questions, ses réussites incomprises et ses inconforts.

Ce qu'on y apporte

Ce que la supervision n'est pas

Ce n'est ni un contrôle, ni une évaluation, ni une thérapie personnelle - même si elle peut, à l'occasion, indiquer qu'un sujet mérite d'être travaillé en thérapie. Le superviseur ne note pas et ne juge pas : il regarde votre pratique avec vous, depuis un point où vous ne pouvez pas vous placer seul.

Individuelle ou collective

La supervision individuelle offre la profondeur : tout le temps pour une situation, sans retenue. La supervision collective offre autre chose : la situation d'un autre éclaire la vôtre, et l'on découvre que ses questions sont partagées. Les deux se complètent, et le rythme compte moins que la régularité : un rendez-vous tenu, même espacé, protège davantage qu'une bonne intention permanente.

Choisir son superviseur

Deux critères simples : une pratique plus ancienne que la vôtre, et une confiance suffisante pour montrer vos maladresses sans les maquiller. Une supervision où l'on se met en scène ne sert pas à grand-chose ; celle où l'on peut dire « je ne sais pas ce qui s'est passé » sert pour des années.

Les autres appuis

La supervision est un pilier, elle n'est pas le seul appui.

Y penser avant de s'installer

Ce sujet a une place entière dans le parcours Khumeia. Les six semaines d'intégration qui suivent les jours de formation s'appuient sur un journal de pratique et un accompagnement structuré : l'habitude de déposer sa pratique se prend pendant le parcours, pas des années après. Et le groupe lui-même - six personnes en moyenne - devient souvent un premier cercle de pairs, de ceux qui durent après la formation.

Si vous êtes en réflexion sur ce métier, voici ce que j'aimerais vous transmettre : la question « qui m'accompagnera, moi ? » se pose avant l'installation, au même titre que le choix d'un local ou d'un statut. Elle paraît moins urgente. Elle est tout aussi structurante.

Un parcours qui installe ces appuis dès la formation

64 h sur 10 semaines : une préparation en ligne, 3 jours de session à Lyon ou à Lille, puis six semaines d'intégration accompagnée, avec journal de pratique et supervision. En groupe de six personnes en moyenne.

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Conclusion : seul en séance, pas seul dans le métier

La solitude du thérapeute ne disparaît pas : elle tient à la forme même du métier, et elle a sa part de beauté - l'autonomie, le silence, la liberté. Mais il y a une différence profonde entre une solitude subie et une solitude choisie, entourée d'espaces où déposer ce qui pèse. La première use. La seconde porte.

La supervision, l'intervision, la thérapie personnelle, l'écriture : aucun de ces appuis n'est spectaculaire. Ensemble, ils font la différence entre une pratique qui s'épuise et une pratique qui mûrit.

Parler du métier, tel qu'il se vit

Si vous vous demandez comment ce métier se vit au quotidien, au-delà des séances, le rendez-vous découverte est fait pour cela : 20 minutes pour poser vos questions et repartir avec une vision plus claire, quoi que vous décidiez ensuite.

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